Les études sur le changement climatique nécessitent de longues séries de données, en particulier en ce qui concerne la température. Malheureusement, les premières mesures directes de la température ne remontent pas à plus de 200 ans environ. Ce problème peut être en partie comblé par une reconstruction à partir des observations indirectes, telles que l'étude des cernes de croissance des arbres ou de «carottes» de glace extraites des glaciers.
D'autres méthodes existent. Elles sont peut-être moins connues mais tout aussi utiles. En 2007, Il a été publié dans la revue "Geophysical Research Letters", une étude intéressante par Nicole Meier, chercheuse à l'Université de Berne et collaboratrice à MétéoSuisse à Zurich. Dans son travail de diplôme (en anglais), elle a tenté de reconstruire les variations du climat des 500 dernières années à partir de la date des vendanges sur le Plateau suisse.
La chercheuse a pu établir une relation étroite entre la température moyenne de la période d'avril à août et la date des vendanges. La période correspond à la phase végétative du cycle annuel de la vigne, au débourrement jusqu'à la soi-disant «véraison» qui marque le début de la coloration des raisins. La température au moins de septembre semble avoir moins d'influence. En revanche, la présence ou l'absence de pluies prolongées favorisent la propagation de maladies. Pour les longues séries de données disponibles, nous devons en particulier remercier les monastères qui documentent les vendanges depuis les temps médiévaux.
La date moyenne de référence est celle du 12 octobre (moyenne de 1961 à 1990). Nous ne devons pas remontrer très loin pour retrouver la date la plus précoce du début de la récolte. En effet, 2003 est l'année la plus chaude depuis le début des mesures directes. Cette année-là, les vendanges ont débuté le 8 septembre déjà. Les vendanges les plus tardives se sont produites en 1816, la fameuse "année sans été" à cause de la violente éruption volcanique en Indonésie qui a eu lieu en 1815. Les basses températures provoquées par l'accumulation de cendres dans l'atmosphère ont retardé la récolte jusqu'au début du mois de novembre. Comme on le voit, la variabilité est très grande : l'étude a montré qu'une différence de température moyenne de 1 ° C décale le début de la récolte d'environ 12 jours.
La date du début de la récolte peut être influencée par d'autres facteurs indépendants de la température, ce qui complique un peu la recherche. Par exemple, il est connu que, dans certaines zones, on préfère débuter les vendanges un jour donné de la semaine. Il faut aussi tenir compte de combinaisons de variétés de raisins précoces et tardives qui ont été cultivées, de manière à limiter les dégâts lors des années défavorables. Bien sûr, il a été essayé de prendre en compte tous les facteurs connus, mais la reconstruction a ses limites, à laquelle on essaie de surmonter en la combinant avec d'autres sources de données indirectes et en utilisant des données sur une décennie au lieu d'une année.
Finalement, l'étude confirme les températures reconstituées à partir d'autres sources aussi. En particulier, le modèle mathématique découlant de cette étude montre une oscillation irrégulière des températures au cours des siècles, mais (s'il en était encore besoin !) confirme également la tendance à un rapide réchauffement au cours de ces dernières décennies.
En 2009, les vendanges ont débuté cette semaine sur le Plateau, c'est-à-dire dès le 21 septembre. Il s'agit donc d'une date plutôt précoce par rapport à la moyenne.
